Les compétences psychosociales : une exigence pour soutenir la promesse émancipatrice de l’École républicaine
L’intégration des compétences psychosociales en milieu scolaire
vendredi 13 mars 2026, par
L’Inspection Générale de l’Éducation, du Sport et de la Recherche (IGÉSR) a récemment publié un rapport portant sur le développement des compétences psychosociales (CPS) chez les élèves des lycées professionnels. Un rapport notement piloté par Michel Lugnier, Administrateur de l’état, Inspecteur général de l’éducation, du sport et de la recherche (IGÉSR) en charge des filières Hôtellerie-Restauration et Tourisme.
Compétences psychosociales : un enjeu éducatif majeur pour une École plus émancipatrice
Longtemps restées à la marge des pratiques scolaires, les compétences psychosociales (CPS) s’imposent aujourd’hui comme un enjeu éducatif central. Le rapport de l’IGÉSR Les compétences psychosociales : une exigence pour soutenir la promesse émancipatrice de l’École républicaine rappelle qu’elles ne constituent ni un supplément d’âme, ni une mode passagère, mais bien un levier essentiel pour favoriser l’autonomie, le bien-être, la qualité des relations et la réussite des élèves.
Les CPS désignent un ensemble de capacités cognitives, émotionnelles et sociales
qui permettent à chacun de mieux se connaître, de réguler ses émotions, de coopérer,
de faire des choix éclairés, de résoudre des difficultés et d’agir de manière respectueuse de soi et des autres.
Pourquoi développer les compétences psychosociales ?
Selon le rapport, les compétences psychosociales contribuent à augmenter l’autonomie et le pouvoir d’agir, à maintenir un état de bien-être psychique, à développer des interactions constructives et une véritable éthique des relations sociales. Leur présence croissante dans les programmes traduit la volonté de l’institution scolaire de mieux prendre en compte la personne de l’élève dans toutes ses dimensions.
Les travaux scientifiques rappelés dans le rapport montrent que le développement des CPS peut produire des effets positifs
dans trois domaines majeurs :
- le bien-être et la santé mentale : meilleure régulation émotionnelle, diminution du stress et de l’anxiété ;
- le climat scolaire : relations plus sereines, recul de certaines violences, meilleure compréhension de la justice et du respect d’autrui ;
- les apprentissages : engagement renforcé, rapport à l’erreur plus constructif, progrès dans l’autonomie et la persévérance.
Le rapport souligne également que ces compétences ne concernent pas seulement les élèves.
Elles peuvent aussi soutenir les personnels, en favorisant la coopération, la qualité des relations professionnelles,
la prévention du stress et une posture éducative plus cohérente.
Des résistances encore fortes dans le monde scolaire
Si les CPS font l’objet d’un intérêt croissant, leur intégration dans le quotidien scolaire reste encore partielle
et parfois mal comprise. Le rapport identifie trois grandes résistances qui freinent leur diffusion.
1. La charge de travail et l’empilement des injonctions
De nombreux personnels perçoivent les CPS comme une demande supplémentaire, difficile à articuler avec
les attentes déjà nombreuses de l’institution.
2. Un vocabulaire parfois flou ou déstabilisant
Les termes mobilisés autour des CPS, souvent issus de la psychologie, restent encore mal stabilisés, ce qui peut entretenir des incompréhensions ou des réticences.
3. Une évolution des habitudes professionnelles
Travailler les CPS suppose parfois de faire évoluer les postures éducatives, les pratiques de classe et la manière d’envisager la réussite scolaire, ce qui peut bousculer certaines représentations du métier.
Comment agir concrètement auprès des élèves ?
Le rapport invite à dépasser une logique d’actions ponctuelles ou périphériques. Il recommande au contraire une approche intégrée, inscrite dans la durée, au cœur même des apprentissages et de la vie scolaire.
- Prendre appui au quotidien sur les CPS pour enrichir les gestes professionnels dans tous les temps de la scolarité ;
- Les intégrer dans les enseignements et dans la vie scolaire, en les articulant aux disciplines et aux situations concrètes vécues par les élèves ;
- Renforcer leur acquisition grâce à des temps complémentaires d’analyse de situations, de coopération, d’expression et de régulation.
Cette perspective invite à considérer les CPS non comme un enseignement isolé, mais comme une dimension transversale de l’acte éducatif, au service à la fois des apprentissages, du climat scolaire et de la formation du citoyen.
Un point d’attention essentiel : former sans normaliser
Le rapport appelle à la vigilance sur le plan éthique. Développer les CPS ne signifie ni psychologiser l’École, ni imposer des comportements standardisés. L’enjeu est de former les élèves à mieux comprendre leurs émotions, leurs relations et leurs choix, sans dérive thérapeutique ni confusion entre accompagnement éducatif et soin.
C’est pourquoi la mission recommande une acculturation progressive, un vocabulaire clarifié, des ressources adaptées et une évaluation avant tout formative, contextualisée, au service des progrès de l’élève plutôt que d’une logique de classement.
Quels leviers pour une mise en œuvre durable ?
Pour inscrire durablement les CPS au cœur de l’institution scolaire, le rapport met en avant plusieurs leviers :
- un cadre national clair et une feuille de route lisible ;
- une intégration explicite dans les programmes, les référentiels et les diplômes ;
- une formation initiale et continue ambitieuse pour tous les personnels ;
- un pilotage cohérent par les cadres et les équipes ;
- la valorisation des initiatives locales et des pratiques inspirantes.
Pour le CRNHR
Dans les formations de l’hôtellerie-restauration, ces compétences prennent un relief particulier :
- qualité de la relation, gestion des émotions, coopération, communication professionnelle,
- posture face au client, adaptabilité, autonomie et sens des responsabilités.
- Elles participent pleinement à la construction des savoir-être professionnels attendus
dans les métiers de service, d’accueil, de production et d’encadrement.
En conclusion
Le rapport de l’IGÉSR défend une idée forte : les compétences psychosociales ne doivent pas être pensées à la périphérie de l’École, mais comme une exigence éducative au service de sa promesse émancipatrice. Développer ces compétences, c’est aider les élèves à grandir, à apprendre, à coopérer, à mieux vivre avec les autres et à devenir des professionnels et des citoyens capables d’agir avec discernement.
Pour y parvenir, il ne s’agit pas d’ajouter une injonction de plus, mais de construire, dans la durée, une culture commune, plus lisible, plus humaine et plus cohérente, portée à la fois par la pédagogie, la formation et le pilotage.
Source : IGÉSR, Les compétences psychosociales : une exigence pour soutenir la promesse émancipatrice de l’École républicaine, rapport n° 24-25-108B, octobre 2025.
Auteurs du rapport : Michel Lugnier et Christophe Marsollier (pilotes), Abdennour Bidar, Robin Bosdeveix, Florence Imokrane, Claire Mazeron — Inspecteurs généraux de l’éducation, du sport et de la recherche, remis au ministre de l’Éducation nationale.
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